
Il y a de cela bientôt deux décennies, le Togo était une référence en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, les Éperviers manquent une quatrième phase finale de CAN depuis 2017. Ce n’est plus un accident, c’est une descente. Et si personne ne parle, elle continuera jusqu’au fond.
Regardez les signes, ils sont partout. Chez les jeunes, les Éperviers cadets viennent de quitter prématurément le tournoi qualificatif de la CAN U17, battus par le Ghana puis par le Burkina Faso, avec un sélectionneur qui pointe lui-même les insuffisances de la préparation. Les U23, eux, ont été éliminés dès le premier tour préliminaire par la Libye, là encore avec le manque de temps de préparation comme explication. Même le championnat féminin de première division peine à démarrer, faute de terrains disponibles et d’organisation. Et comme cela ne suffisait pas viennent se greffer des soupsons de corruption de la D1 et de D2…
Les deux affaires en bref
En D1 Lonato (saison 2025-2026), des enregistrements audio divulgués ont évoqué des tentatives d’influencer la lutte pour le maintien. La commission de discipline de la FTF a sanctionné deux responsables : Kokou Toulassi, président d’Espoir FC, suspendu six ans et amendé de 500 000 FCFA, et Théophile Bola, entraîneur de l’AS Binah, suspendu cinq ans et demi. Les résultats des matchs, eux, ont été maintenus, faute de preuve définitive que le plan avait été exécuté sur le terrain.
En D2, c’est plus récent et encore au stade des soupçons : le 9 septembre 2026, dernière journée de la poule A, la JCA, déjà première et qualifiée pour les playoffs, s’incline 1-0 à domicile face à Abou Ossé, dernier et condamné à gagner pour se maintenir. Résultat : Abou Ossé se maintient, aux dépens d’Ifodjè FC d’Atakpamé. Le 9 octobre 2026, la FTF a convoqué neuf personnes — dirigeants et joueurs des deux clubs — pour « allégations de corruption », sans sanction prononcée à ce stade. Selon Sport News Africa, un arrangement aurait été discuté à Kpalimé, avec plusieurs millions de FCFA et des primes de victoire, les deux camps n’étant pas d’accord sur le montant (4 millions réclamés contre 2 proposés). Ce sont des allégations rapportées par la presse, pas des faits établis. Les conséquences, elles, sont déjà réelles.
La confiance est brisée
Quand un maintien se négocie en coulisses, ce sont les joueurs honnêtes, les clubs formateurs et les spectateurs qui paient. Chaque résultat surprenant devient suspect. L’entraîneur de la JCA l’a dit lui-même : « ce match a été joué ailleurs que sur le terrain ». Des supporters qui ne croient plus au jeu désertent les stades, et le championnat perd son public.
La compétition est faussée
Ifodjè descend, Abou Ossé reste — peut-être sur un arrangement, peut-être pas, mais le doute suffit à délégitimer le classement. Les clubs qui investissent dans la formation sont punis, ceux qui paient sont récompensés.Les institutions sont mises à l’épreuve La FTF doit prouver qu’elle peut sanctionner ses propres dirigeants. Le dossier est remonté jusqu’à l’Assemblée nationale, qui a consacré sa séance du 25 juin 2026 aux allégations, et un arrêté ministériel du 8 juillet 2026 a créé une commission d’enquête indépendante de sept membres pour préserver « la crédibilité du championnat, la confiance du public et l’image du football togolais ». La crédibilité de la réponse de la FTF sera lue bien au-delà de Lomé.
L’économie du football en souffre
Quel sponsor veut associer son nom à un championnat soupçonné d’être truqué ? Les clubs togolais, déjà fragiles financièrement, voient leurs rares sources de revenus menacées.
Les jeunes paient le prix fort
Le championnat national est la base de formation des sélections. Si les matchs y sont arrangés, c’est toute la pyramide — jusqu’aux Éperviers — qui repose sur du sable. Et les jeunes joueurs apprennent très tôt que le talent ne suffit pas, qu’il faut aussi « connaître les bonnes personnes ».
En résumé, la corruption ne tue pas seulement l’équité d’un match, elle détruit la confiance, chasse l’argent, décourage les formateurs et affaiblit les sélections. C’est un accélérateur direct de la descente vers l’abîme.Du côté de nos equipes nationales, changer de sélectionneur ne suffira pas. Le mal est plus profond : un manque de projet sportif structuré, une formation à la base fragile, un championnat local peu compétitif, des difficultés de gouvernance et une instabilité qui freinent toute progression sur le long terme. Voilà les vraies causes. Les ignorer, c’est accepter que la descente continue. Pourtant, tout n’est pas perdu. Le Togo conserve des atouts importants : un potentiel humain réel, une jeunesse passionnée, une diaspora riche en talents et une histoire footballistique capable de fédérer. Ce qui manque, ce n’est pas le talent. C’est un projet national clair, porté par la FTF et l’État, avec un investissement durable dans la formation, la valorisation du championnat local et une vision à moyen et long terme.